Edition originale : P 1999. Album charnière que ce « Californication ». Il marque en effet la fin de la parenthèse Dave Navarro et le retour au bercail de John Fusciante. Finit l’expérimentation (sniff !), les Red Hot sont bien décidés à reprendre leur place en tête des charts mondiaux même si pour cela il faut lisser le ton et baisser le volume. En fait même si je trouve ce disque sympathique, je ne peux m’empêcher de penser qu’il marque la fin de la période créative du groupe. Cet opus a été conçu dans le but de faire un carton : sa cible fut atteinte mais sans la folie (finit la subversion ?) et l’énergie qui caractérisait le groupe à son top. Pourtant tout démarre bien avec « Around The World » où explose au visage de l'auditeur un riff de guitare hypnotique que relaie bientôt une ligne de basse dégoulinante de groove et d'intensité. Pourtant on déchante vite. Car au delà de cette volonté de renouer avec le son "Blood Sugar Sex Magic", avec des salves de funk lourd et puissant comme "Get On Top" et "I Like Dirt", entrecoupé çà et là de ponctuations lacrymales qui semblent être un passage obligé pour le groupe depuis le carton du single « Under The Bridge » (sur "Scar Tissue" et dans une moindre mesure "Californication" un syndrome SCORPIONS : je fais une ballade qui cartonne alors j’en sors une pelleteuse de moins bonnesà), c’est la première fois qu’un disque des californiens me laisse dans la bouche, un arrière goût de déjà vu / déjà entendu. Cependant quelques compositions m’ont bien accroché comme « Parallez Universe » par exemple. Mon sentiment est que cet album est supérieur à pas mal de production du même genre mais n’atteint pas l’excellence des opus précédents. Toutefois, les Red Hot tiennent avec cet album, un effort studio élégant et bien ficelé mais à la route trop clairement balisée, l’un de leur plus grands succès commerciaux. Avec ce disque, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont perdu une partie de leur identité et qu’ils ont définitivement tourné le dos à leur communauté d’origine de funk métal pour un pop Rock classieux (mais classique) très bien fait mais trop aseptisé pour mon cœur de rockeur (snif !). Les Red Hot vieillissent et évoluent, ce qui est tout à leur honneur, mais je ne souhaite pas les suivre dans cette nouvelle voie plus mélodique qui semble désormais être la leur !
Le premier album du groupe australien se compose d'onze morceaux de dance music du XXIème siècle, irrésistibles et irrépressibles.
Devenue virale sur le web grâce à la présence de son morceau Bored sur la bande originale de la série Netflix 13 Reasons Why, Billie Eilish dégaine son premier EP « don’t smile at me » et montre qu’elle a déjà tout d’une grande. Portrait de cette ado qui sait déjà exactement où elle veut aller. Encore inconnue il y a un an et demi, la jeune californienne Billie Eilish ne cesse d’accroître sa visibilité sur les réseaux. Après avoir posté son premier morceau Ocean Eyes sur SoundCloud en 2016 et sorti son deuxième, intitulé Bored, pour la BO de la série Netflix 13 Reasons Why, la jeune fille a vu sa carrière prendre son envol. Du haut de ses quinze ans, elle est maintenant signée chez Interscope Records, aux côtés de Lana Del Rey et Lady Gaga, rien que ça. La demoiselle a beau avoir commencé sa carrière musicale à treize ans, sa voix cristalline n’en est pas moins déjà maitrisée. Préférant s’enfermer dans une chambre avec son grand-frère producteur et co-auteur pour composer que de collaborer avec des inconnus, la chanteuse continue son ascension en balançant son premier EP, don’t smile at me. Le premier single, Bellyache (qui a d’ailleurs déjà été remixé par les doigts de fée de Marian Hill) la plonge dans la perspective narrative d’une psychopathe. La jeune fille mélange prodigieusement beats de tropical hip hop, rythmes de guitare acoustique et thème sordide. Les contrastes sont nombreux sous sa plume, elle aborde aussi bien des maux de ventre et du chewing-gum qu’un séjour en prison. Elle allie une absurdité comique à un registre pop gore, à la manière d’un film de Tarantino. Ce contraste est d’autant plus accentué avec l’esthétique chaude de son clip épuré. Rien d’étonnant pour la collégienne qui dit avoir un attrait particulier pour le design.
Dummy voit le jour en août 1994 et fait rapidement l’unanimité des critiques: comme empoisonnées, les chansons de l’album écorchent le cœur et les tripes. La voix désenchantée de Beth Gibbons plane au dessus des instruments et délivre une poésie intime et maudite, digne d’un verset baudelairien. Elle y dévoile ses désillusions et ses amours perdus, comme lorsqu’elle scande en boucle ôNobody loves me / it’s true / not like you doö sur Sour Times.
Ce projet mystérieux de l'anglais Bobby Krlic mêle rythmes tribaux, techno poisseuse et noirceur étouffante à merveille. Les fans de Mondkopf ou de Surgeon se retrouveront sans aucun souci dans ces morceaux hypnotiques et tendant vers le drone ou la techno martiale.
Impossible de les distinguer, ce n’est certainement pas le cas de Björk. La chanteuse islandaise possède un style bien à elle, qu’il s’agisse de la composition ou de l’interprétation, et ce n’est pas avec son dixième album "Fossora" qu’elle va rentrer dans le rang de l’armée de clones qui nous sature de productions passe-partout. Mais cette originalité a une contrepartie : le caractère franchement avant-gardiste et parfois expérimental de ses albums n’est pas fait pour plaire aux amateurs de chansons "simples" ou recherchant tout bonnement le plaisir d’une mélodie bien troussée. Plaire est le cadet des soucis de Björk qui construit ses albums au fil de ses envies et de ses émotions. Il suffit de jeter un œil sur le clip d’’Atopos’ (en lien ci-dessous) pour comprendre que l’univers de l’Islandaise est tout autant fantasmagorique que complètement barré. Au-delà du visuel digne des meilleurs délires de Tim Burton, cette association entre beats techno, sextuor de clarinettes basses et ce chant si caractéristique, très articulé, qui s’élance subitement sans raison apparente dans un aigu appuyé, n’est pas à la portée de toutes les oreilles. Si la créativité débridée de Björk n’est plus à démontrer, celle-ci semble parfois échapper au contrôle de son inspiratrice. "Fossora" alterne ainsi titres provocateurs, parfois irritants de répétitivité ou de dissonances gratuites (‘Ovule’, ‘Allow’, ‘Fossora’ presque pop sur sa première partie mais saturé de percussions indigestes sur la seconde moitié) et morceaux totalement expérimentaux plus ou moins réussis (‘Mycelia’, collage atonal de voix syncopées, ‘Sorrowful Soil’, lui aussi uniquement vocal mais plus séduisant, ‘Trölla-Gabba’ à la limite de l’audible). Au milieu se glissent de temps à autre quelques titres plus mélancoliques, toujours surprenants sur la forme mais réussissant à distiller leur univers doux-amer dans l’âme de l’auditeur (‘Ancestress’, l’angoissant ‘Victimhood’ ou l’onirique ‘Her Mother’s House’ chanté en duo avec sa fille). "Fossora" est un album très exigeant dont seuls les auditeurs les plus enclins à l’avant-gardisme viendront à bout, mais qui risque de déstabiliser ceux-ci par une certaine inconstance.
Compilation, édition originale : P 1971